Ce vendredi, la communauté de Beni-Butembo-Lubero se souvient du père Vincent Machozi. Il était assassiné le 20 mars 2016 à en chefferie des Bashu par des inconnus. L'illustre disparu est honoré dans la région pour son combat mené contre les massacres et l’agression dans l’Est de la RDC ; lequel combat continue de résonner, jusqu'à ces jours.

À travers ses écrits et ses prises de parole, il dénonçait sans détour les massacres de civils et ce qu’il qualifiait d’«agression silencieuse» contre les populations des territoires de Beni et Lubero qui se sont malheureusement étendus sur Mambasa et Irumu. Dans ses interventions, le père Machozi appelait à briser le silence : «Se taire face au massacre de son peuple, c’est en devenir complice», insistait-il. Par ces propos, le serviteur de Dieu invitait les Congolais à défendre leur dignité et leur souveraineté.

Au sein de la communauté locale, son message reste gravé. Plusieurs habitants évoquent un homme «engagé, lucide et courageux», qui n’hésitait pas à interpeller aussi bien les autorités nationales que la communauté internationale. À travers la plateforme qu’il animait, il relayait des informations souvent ignorées, contribuant à documenter les atrocités dans la région.

Dix ans après sa disparition, ses proches et de nombreux acteurs de la société civile estiment que ses mises en garde demeurent d’actualité. Les violences armées, les déplacements de populations et l’insécurité continuent d’affecter profondément la zone de Beni-Lubero. Après son assassinat, les présumés ADF Mtm-Iscap, accusés dans ces massacres ont étendu leur champ d'opération vers le secteur des Bapere et ces derniers temps dans la profondeur du territoire de Mambasa, vers la Réserve de Faune à Okapi (Rfo).

«Il nous avait prévenus. Il disait que sans vérité ni justice, la paix resterait fragile», confiait dernièrement un membre d’une organisation locale des droits humains. En ce jour de commémoration, des messages d’hommage circulent. En ville de Butembo (Nord-kivu) par exemple, le mouvement ''Véranda Mutsanga'' appelle les uns et les autres à poursuivre son combat pour la vérité, la justice et la protection des civils. 

Dans la lutte contre massacres attribués aux djihadistes ADF au Nord-kivu et en Ituri, plusieurs Chercheurs, Étudiants, Journalistes se réfèrent au père Vincent Machozi Kazunzu. Pour beaucoup, il n’est pas seulement une figure du passé, mais un symbole toujours actuel de résistance face à la violence.

Alors que la région de Beni-Mambasa-Lubero-Irumu à l'Est de la République Démocratique du Congo continue de faire face à de multiples défis sécuritaires, son héritage rappelle une exigence : ‹‹ ne pas détourner le regard››, interpellent souvent plusieurs défenseurs des droits humains.

Paluku Kaseso Elias