​Le passage du régime de Joseph Kabila à celui de Félix Tshisekedi ne représente pas seulement une alternance démocratique, mais une véritable rupture tectonique dans l'architecture sécuritaire de l'Afrique des Grands Lacs. L'analyse de Julien Paluku met en exergue une hypothèse troublante mais étayée : durant près de deux décennies, la gestion des crises à l'Est, de l'opération Umoja Wetu en janvier 2009 à la fausse reddition de Bosco Ntaganda en mars 2013, n'aurait été qu'une chorégraphie de façade. En examinant le sabotage politique de la victoire militaire de 2013 contre le M23, où les FARDC furent freinées par une diplomatie de l'ombre au profit des accords de Nairobi de 2014, on comprend que la survie du système Kabila reposait sur un équilibre précaire de « ni guerre, ni paix » avec Paul Kagame. Les sanctions récentes du Trésor américain contre l'entourage de l'ancien président agissent ici comme un révélateur chimique : elles valident l'hypothèse d'une collusion structurelle où l'insécurité servait de rente économique et politique, transformant la souveraineté congolaise en une monnaie d'échange confidentielle.

​Cette dynamique de « trahison systémique » se heurte aujourd'hui au paradigme de rupture imposé par Félix Tshisekedi, lequel a choisi de briser le miroir des faux-semblants diplomatiques pour exposer les circuits de financement occulter liant les intérêts privés aux ambitions hégémoniques régionales. En évoquant le destin de Jonas Savimbi, l'analyse de Paluku pose une réflexion cruciale sur la fin de cycle des « proxys » politiques : une fois que les réseaux de blanchiment de capitaux et de déstabilisation sont mis à nu par la clarté de l'administration actuelle, les anciens alliés deviennent des passifs encombrants pour la communauté internationale. L'enjeu dépasse désormais la simple confrontation militaire ; il s'agit d'une bataille pour la mémoire et la conscience nationale. En ralliant la population derrière une ligne de front diplomatique et militaire unifiée, le leadership de Tshisekedi tente de refermer définitivement l'ère des « arrangements à la congolaise » pour restaurer l'autorité de l'État sur chaque centimètre carré du territoire, marquant ainsi la fin de l'impunité pour ceux qui ont longtemps sacrifié le sang du peuple sur l'autel de pactes secrets.